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samedi 2 mai 2015

Matières pour quatre mains.

--PS/SP


Brute ou travaillée, douce ou rugueuse, colorée ou monochrome, multiple ou unique, la matière s’expose à la vue ou disons plutôt joue des émotions de celui qui prend le temps de la regarder.

Textiles pour l’un et sculpture pour l’autre.
Il ne restait alors qu’à découvrir le travail de Sterling Ruby1 qui aborde sans complexe les deux matériaux – fibre et bronze, pour réunir les quatre mains du blog.

L’artiste américain, né en Allemagne en 1972, dirige son assaut sur les matériaux et les structures qui lui permettent d’aborder les questions liées à la violence, la pression de la société et l’histoire de l’art.
Sterling Ruby travaille une grande variété de supports et techniques – collage, peinture, vidéo, sculpture. Son travail, protéiforme est empreint de sources et références qui font osciller les œuvres entre éléments connus et un au-delà aussi théâtral que sombre pour atteindre son propos. L’œuvre de Sterling Ruby s’inscrit dans ce mouvement de dualités et de confrontations idéologiques, dans ce rapport entre expression individuelle et contrainte sociale.





Deux œuvres de l’artiste sont présentées dans le nouvel espace de la collection Charles Riva à Bruxelles.2 Dans un espace entièrement consacré à la sculpture contemporaine, Riva Project – Selected Sculptures, Sterling Ruby expose deux œuvres avec deux matériaux distincts : le bronze, le textile.
Deux matériaux pour deux œuvres qui illustrent la large palette de l’artiste tant l’approche diffère.


Vue de l'exposition Selected Sculpture - Riva Project, Charles Riva Collection
© Charles Riva Collection. © Hugard and Vanoverschelde. 


Si son imposante sculpture Headcleanner/Headhunter (2009) révèle une forme à l’apparence quasi artisanale par les traces volontairement laissées sur la matière. L’œuvre appartenant à la série des soft work, Vampire 31 (2011) apparaît aussi ludique que légère tellement le sujet est identifiable.
Mais, l’œuvre de Sterling Ruby dont l’esthétique semble donner une grande impression de spontanéité, suppose une lecture plus attentive – au-delà de la matière pour atteindre l’essence de son travail.


Headcleanner/Headhunter évoque par sa forme organique les connexions du cerveau et dans ce cas, d’un cerveau rongé puisque seuls les neurones restent. Le travail de la matière jouant entre l’éclatante couleur doré du bronze et les soudures apparentes aux reflets bleutés rend compte de la complexité de l’œuvre et du propos de l’artiste. Serling Ruby s’intéresse aux effets de certains produits sur le cerveau et utilise le bronze comme matériau pour explorer la forme et traduire les effets en mettant à mal la matière.     


 
Sterling Ruby
Headcleaner/Headhunter, 2009
Bronze
114 x 119 x 99 cm
Charles Riva Collection 

Vampire 31 propose une vision théâtrale de la bouche d’un vampire, dents rouges et gouttes de sang rouges dégoulinantes. Les couleurs dominantes– le bleu et le rouge, se détachent du fond – blanc, sur lequel l’œuvre est accrochée.  S’il y a beaucoup d’humour dans cette œuvre, il n’en reste pas moins que les références sont bien présentes. Elles sont à lire en toile de fond. La voracité est au cœur de cette Soft Sculpture. Tout comme, une certaine critique de l’Amérique dévoreuse et dévorante est sous jacente, soulignée par les couleurs dominantes – le bleu et le rouge, ainsi que le blanc du mur sur lequel elle est accrochée. L’apparente douceur de la sculpture composée de plusieurs matières, jean, coton et laine s’oppose à la violence d’un propos qui vise à une critique de la société en reprenant l’imagerie du vampire.

 
Sterling Ruby
Vampire 31, 2011,
Textiles mixtes,
213,4 x 90 x 10,2 cm
Charles Riva Collection. 


Sterling Ruby travaille dans la combinaison entre la recherche philosophique et l’investigation de la matière. Il décompose, compose, déconstruit, construit, matière et propos pour proposer une œuvre diversifiée à la stratégie artistique complexe.


L’artiste présenté dans la collection Charles Riva et également exposé chez Xavier Hufkens Gallery à Bruxelles.3

Vues des oeuvres des expositions Scales, Eclpse, Sterling Ruby
à la Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles
© DR. © Xavier Hufkens, gallery. 



1 Artiste, 1 ville, 2 lieux pour découvrir l’univers de cet artiste complet qui par ailleurs a collaboré avec Raf Simons, directeur artistique chez Dior, en 2014 pour une collection.

La relation entre la mode et l’art n’est pas nouvelle mais se réactive dans un maillage contemporain. 

A suivre …



 ___

1 Sterling Ruby, 1972, Bitburg (Allemagne), vit et travaille à Los Angeles. 
2 Charles Riva Collection, Rue de la Concorde, 21  1050 Ixelles, Bruxelles, Belgique et Rue Tenbosch, 124  1050 Ixelles Bruxelles, Belgique.

3 Stering Ruby, Scales, Eclpse, 24 avril au 23 mai 2015, Xavier Hufkens Gallery, 6 et 107 rue Saint Georges, 1050 Ixelles, Bruxelles.

dimanche 1 mars 2015

Et bien dansez maitenant...


- Pascal..

Petit billet sculptural rédigé à l'occasion d'une collaboration avec le site Artips sur la sculpture de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) exposée à l'entrée de l'Opéra Garnier à Paris.

Découvrez Artips et ses anecdotes artistiques sur www.artips.fr

1869, un scandale éclate sur les marches de l’Opéra Garnier. En cause, La Danse, le groupe sculpté par Jean-Baptiste Carpeaux pour la façade de l’édifice. Il représente le génie de la Danse en jeune homme nu jouant du tambourin. Il est entouré d’une farandole lascive de femmes tout aussi dénudées.

Dans un XIXème siècle pudibond, la statue est considérée comme pornographique. Mais, ce qui importe avant tout à Carpeaux, qui s’éloigne ainsi des néoclassiques, c’est de restituer le mouvement : "la sculpture, c'est la vie, la vie, c'est le mouvement".

J-B. Carpeaux, “La Danse”, 1865-1869,
plâtre, Paris, musée d’Orsay.
Outrage aux bonnes mœurs, le groupe suscite de nombreuses réactions de chefs de famille : "J'ai une femme et des filles passionnées de musique […] jamais je ne consentirai à les mener dans un monument dont l'enseigne est celle d'un mauvais lieu". La contestation atteint son paroxysme durant la nuit du 26 au 27 août 1869 lorsqu’un anonyme jette un encrier sur la sculpture.

J-B. Carpeaux (d'après), Buste du génie de la Danse
h: 19 cm, bronze et marbre, non signé

Une nouvelle sculpture de La Danse est alors commandée à Charles Gumery. Cependant, la guerre de 1870 occulte la polémique et reporte la substitution des deux sculptures à plus tard.

C’est finalement un siècle après, en 1964, que la sculpture de Carpeaux sera remplacée par une copie de l'originale, réalisée par Paul Belmondo, père du célèbre Jean-Paul. La sculpture initiale de Carpeaux se laisse aujourd’hui admirer au Musée d’Orsay.

N’oubliez pas de jeter un coup d’œil furtif à la statue si vous avez un jour la chance de gravir les marches de l’Opéra au milieu de spectateurs endimanchés...

Cette sculpture a été le sujet, dans sa totalité ou de personnages isolés, de nombreuses reproductions et éditions. Celles-ci, autorisées et réalisées du vivant de l'artiste, et ensuite par le fondeur Susse, à partir de 1914, se retrouvent en nombre dans les ventes aux enchères consacrées ou non à l'art et à la sculpture du XIXème siècle.  Elles varient par leur qualité, leur finesse, leur patine et leur ciselure.  A titre d'exemple, un très beaux plâtre patiné de 55 cm de haut, s'est vendu chez Sotheby's à Paris le 26 octobre 2011 pour la somme de 156, 750 euro frais compris (source : Artprice).


J-B. Capreaux, Les Trois Grâces, 1874
Epreuve ancienne de l'artiste, cachet "Propriété Carpeaux", cachet à l'Aigle impérial
fonte circa 1875, 81,1 x 48,3 x 33,5 cm