jeudi 12 février 2015

Belgitude et peinture - Johan Van Mullem

Premier article depuis mon introduction axée sur la sculpture pour vous parler d’une exposition présentée dans une galerie parisienne mettant en lumière … des peintures !

Mais, un artiste belge à Paris cette semaine ne pouvait que me donner l’envie de vous en parler. Et si en plus, je suis son travail depuis des années, alors me voilà tout excusé !

Johan Van Mullem expose pour la première à Paris à la Galerie Schwab Beaubourg, depuis le 4 février (jusqu’au 4 mars 2015).

« Paysagistes contemporains – autour de Nehlich » regroupe le travail d’artistes autour de la peinture de Jean Louis Nehlich pour proposer des visions classiques et originales du paysage.
Appréhendé tantôt de façon figurative tantôt de manière abstraite avec une palette de couleurs aussi lumineuse que sombre, la question du paysage est au cœur des tableaux des neuf artistes présentés dans cette exposition. 



 Johan Van Mullem, Paysage
2014, huile sur toile, 100 x 140 cm

Les œuvres de Johan Van Mullem m’interpellent particulièrement. Probablement car elles parlent d’un paysage qui m’est  familier – la Mer du Nord. Tourmentés, bruyants, venteux, oscillant entre clair-obscur, alternant entre mouvement et statique, ses paysages des plages de De Panne à Knokke, en passant par Blankenberge s’inscrivent dans une tradition classique du paysage mais avec un pinceau trempé dans le sang, qui sculpte et dévoile ce qui s’offre à nous.

Les oeuvres de Johan Van Mullem me font remonter aux cieux de William Turner.  Fenêtres ouvertes sur mes premières plages, le vent s'engouffre et me fouettent le visage. 

 Johan Van Mullem - Paysages
Encre sur kardapak, 30 x 20 cm- 20 x 30 cm


Johan Van Mullem, non communiqué


                       William Turner, Snow Storm, 1842                               William TURNER, Rain, Steam and Speed, 1844
                 Huile sur toile, 91 x 122 cm, Tate Gallery,                          Huile sur toile, 91 x 121,8 cm, National Gallery,
                                              Londres                                                                                                    Londres
                                                                                                                                               



Les mots de Brel font écho à ces oeuvres qui invitent à la comptempation : 

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague,
Et des vagues de dun's pour arrêter les vagues,
Et de vagues rochers que les marées dépass'nt,
Et qui ont à jamais le coeur à marée basse.
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent d'ouest écoutez le tenir
Le plat pays qui est le mien.
  
Initiation aux voyages, les oeuvres de Johan Van Mullem sont à découvrir à Paris, les paysages sont à découvrir sur les côtes belges. 



Pascal 





mercredi 4 février 2015

Rencontre de l'art et de la mode, et Belgitude !

Si aujourd’hui, le lien entre mode et art est admis, il n’en reste pas moins que son application est discrète, et encore plus dans la rue.

Mais, c’est bien dans la rue au détour d’une promenode (association de la promenade et de la mode!) que la rencontre se produit. 
Une installation pour le moins minimaliste : un portant, trois manteaux. Sorte de tâche colorée dans la vitrine de Fausto Santini dont le noir, le jaune et le rouge se détachent. Dispositif simple mais efficace. Tout ce serait arrêté là, si je n’avais pas fait le premier rapprochement avec une autre installation vue très récemment dans une boutique. 
A l’écart des modèles soldés, une caisse à l’intérieure de laquelle trois bottes de la marque Aigle. A nouveau, le même colorama mais cette fois inversé : rouge, jaune, noir (selon le sens de lecture !). Dès lors, une impression de déjà-vu. 

Photo du haut : vue de la vitrine Fausto Santini, 4 rue du Cherche Midi, Paris 6. 
Photo du bas : vue de l'installation des bottes Aigle au Refuge, 44 rue Saint-Placide, Paris 6. 

Une impression que ces assemblages ou disons plutôt de dispositifs pour reprendre le terme défini par Georgio Agamben1 ne m’étaient pas inconnus. 
Le lien était pourtant sous mes yeux, accroché au compteur électrique sous la forme d’une carte postale représentant un cadre à compartiments dans lesquels trois parapluies fermés – noir, jaune, rouge. 

Jean-Pierre Bredo
Parapluies, 2009
Parapluies, bois, plexiglas. 86,7 x 44,8 x 6,8 cm. 

L’artiste, Jean-Pierre Bredo2 propose une vision esthétisante des parapluies - et au-delà interroge son pays, la Belgique en réemployant les couleurs du drapeau belge, noir-jaune-rouge ; formant ainsi un dispositif. 
Dès lors, se posait une question. Se peut-il que cette œuvre ait inspiré des enseignes ?
Mais au-delà, peut-on parler de Belgitude par l’emploi des couleurs du drapeau belge ? 
Les pistes méritent réflexions.

Si le lien entre l’art et la mode a été mis en évidence par Valérie de Givry dans son ouvrage Art & Mode3, il peut être défini comme processus d’inspiration traduit par la connivence temporelle, l’interprétation, l’analogie et la citation. Il permet « d’apprécier les complicités esthétiques, stylistiques ou conceptuelles entre couturiers et artistes (…). »4 
Ainsi, le vêtement dans sa conception intègre l’art comme composante pour produire un vêtement hommage ou revisité.

Pour ne citer qu’un seul exemple, dont je connais les coutures et les doublures, Yves Saint Laurent. Le créateur a en effet créé des pièces hommages - hommages à des artistes qu’il admirait particulièrement, Van Gogh, Apollinaire, Aragon, Matisse, Braque. De la citation d’Apollinaire « Tout terriblement » brodée lettres à lettres dans le velours de soie noir et bleu, à l’évocation des Tournesols de Van Gogh entièrement brodés par Lesage sur une veste, à l’interprétation des effets de mode revisités dans des détails : manches ballons, crinolines rondes, costumes traditionnels, marocains notamment, Yves Saint Laurent a fait de l’art une source majeure.

Photo du haut : Ensemble du soir long, automne-hiver 1980. Collection Haute Couture Yves Saint Laurent.
Photo du milieu haut : Ensemble du soir court, printemps-été 1988. Collection Haute Couture Yves Saint Laurent. 
Photo du bas : Modèle de gauche, ensemble du jour court, automne-hiver 1979. Collection Haute Couture Yves Saint Laurent. Modèle du milieu, ensemble du jour long, printemps-été 1991. Collection rive gauche Yves Saint Laurent. Modèle de droite, robe du soir long, automne-hiver 1977. Collection Haute Couture Yves Saint Laurent.
Photo de droite : Robe du soir long, automne-hiver 1976. Collection Haute Couture Yves Saint Laurent.  


Intégré au vêtement dans le processus de création, l’art devient un artifice de la mode. Appliqué à la couture, le lien art et mode est un écho révélant les emprunts, les hommages, les correspondances dans la rencontre de ces deux univers.

Dans le cas qui nous occupe, le lien est tout autre ; non pas inscrit dans l’ADN du vêtement mais dans le dispositif.
La mode emploie un dispositif artistique pour mettre en scène – mettre en vente – ses produits. Reste à savoir si cela est intentionnel ou une coïncidence. Pour cela, je décide d’interroger directement les enseignes afin de connaître leur position.

Dans tous-les cas, le phénomène est intéressant à souligner. 
Si l’intention porte sur l’interprétation d’une œuvre à travers un dispositif, alors la mode utilise l’art comme vecteur de reconnaissance. Reconnaissance de son appartenance à l’art – débat très largement couvert lors de l’entrée de la mode dans le monde institutionnel des musées-, reconnaissance à travers la réappropriation, le réemploi, l’interprétation d’une œuvre. Le lien serait ainsi réactualisé par la mode tentée par l’art dans une approche scénographique. Cela n’est pas sans évoquer la campagne publicitaire de la marque Marithé et François Girbaud datée de 2005 s’inspirant librement de l’œuvre de Léonard de Vinci, la Cène.

Photo du haut : campagne publicitaire Marithé et François Girbaud, 2005. 
Photo du bas : Léonard de Vinci, La cène, 1495-1498, Tempera sur gesso, 4,6 x 8,8 m, Eglise Santa Maria delle Grazie de Milan. 

Si l’intentionnalité porte sur les couleurs associées –noir, jaune, rouge- alors on pourrait y voir l’intérêt de la mode portée à la Belgique, par l’évocation de son drapeau et au-delà son intérêt pour le caractère pointu des designers belges. Phénomène discret mais bien présent dans la mode depuis l’apparition des Six d’Anvers5: Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs et Marina Yee (auquel il faut ajouter Martin Margiela). La Belgitude est toujours en vogue – et ça n’est pas pour me déplaire !  


Vue de la vitrine des Galeries Lafayette, Juillet 2014. Sac Delvaux, black edition 2008.  


Si cela est le fruit du hasard, alors il est décidément de rigueur de dire qu’il fait bien les choses ! 


___________
1 Georgio Agamben donne la définition suivante du dispositif dans son ouvrage, Qu’est-ce qu’un dispositif ? « J’appelle dispositif tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. »
Agamben Georgio, Qu’est-ce qu’un dispositif ?,Rivages Poche/Petite Bibliothèque, Paris, 64 pages.
2 Jean-Pierre Bredo, artiste belge né en 1964, décline le noir, le jaune et le rouge, couleurs du drapeau belge dans des objets du quotidien pour interroger l’identité de son pays.
3 Valérie de Givry, Art & Mode, Editions du Regard, Paris, 1998, 150 pages.
4 Ibidem, introduction, p. 7.
5 Les Six d’Anvers désigne un groupe de six élèves (auquel il faut ajouter Martin Margiela) issus de l'Académie Royale des Beaux-Arts d'Anvers (Belgique). Ces stylistes sont considérés comme l’avant-garde à travers une mode minimaliste qui connaît son apogée dans les années 1990.



samedi 31 janvier 2015

Entrée en matière: la Sculpture...


Je me suis souvent demandé pourquoi un attrait si fort pour la sculpture.
Et je pense, enfin, avoir trouvé une partie de ma réponse.

Elle m’est venue en parlant avec des amis ou des clients dans les différentes galeries dans lesquelles j’ai travaillé.
Lors de beaux et longs échanges sur l’Art, je me suis surpris plus d’une fois à me rapprocher subrepticement d’une sculpture pour commencer à la toucher, à la caresser, à en découvrir l’épiderme et les volumes du bout des doigts…
Un moyen de me rassurer ? Un petit plaisir égoïste ? Je ne le sais pas mais il en est ainsi presque à chaque fois.
Pierre Puget, Milon de Crotone, marbre
Musée du Louvre, Paris

Quel plaisir de toucher la matière, bronze, bois, pierre, de voir la lumière mettre en relief les aspérités de la matière.  En sculpture plus que pour n’importe quel art, la perfection est ennuis. Ennuis de l’œil, ennui des sentiments.  
Je m’efforcerai pour ma part dans mes contributions de mettre par écrit les sentiments, les réflexions que m’inspirent les œuvres ou les artistes que j’aurai rencontrés au hasard de nos visites et de nos rencontres…

Pascal
Matteo Pugliese, Corraze, bronze

mardi 27 janvier 2015

A la mode

Il serait normal de penser « encore un nouveau blog sur la mode ». Ce serait légitime et je ne pourrais pas vous en vouloir car les blogs de mode inondent la toile. 

De son dressing à ses essais vestimentaires, des conseils avisés aux décryptages des tendances, des réflexions aux articles de fond, la mode est partout. Mais paradoxalement, nous n’avons jamais assez de mode. Si souvent, elle nous agace par ses changements et fluctuations au fil des saisons, nous aimons malgré tout avoir un œil sur elle et la suivre discrètement.

She(andWe) aborde la mode à travers le prisme d’une histoire. Histoires et univers oniriques. La mode qui semble échapper à une définition stricte, est une matière poreuse qui interpénètre de nombreuses disciplines. La mode comme champ d’investigation est donc au cœur des sujets et de l’ADN de SheandWe. Modeste mais justifié, il s’agit de proposer un autre regard sur la mode pour aller à la rencontre des limites de l’entre-deux de la mode.

Ce regard porté à la mode, comme œuvre ou objet d’art, comme patrimoine, est issu d’une formation spécialisée en conservation et conservation préventive de la mode, du costume, des textiles associée à la gestion de projets liés à la mode (en anglais un mot résume cette spécialité : fashion curation and textile conservator)
Dès lors, la mode s’incarne à travers un vêtement qu’il convient d’étudier et de préserver dans un écrin semi-permanent, les réserves. Mise en lumière lors d’expositions, la mode devient un objet admiré et admirable, qui suppose une scénographique adaptée à son état et son histoire. 

Photo du haut : conditionnement à plat dans une boite de transport d'une robe Yves Saint Laurent. Photo de gauche : vitrine de l'exposition Histoires de mode. Christian Lacroix. au Musée de la Mode et du Textile, les Arts Décoratifs (Paris). Photos du milieu et à droite : détails de modèles Yves Saint Laurent.  


Au cœur de cette mode se trouve la matière : la matière à étudier, la matière à toucher, la matière à préserver et mettre en lumière. Cette texture devient alors un fil à dérouler. 
Ainsi perçue, la mode devient une sorte de laboratoire, pour comprendre ses histoires et les interactions avec ce qui nous entoure. Si la mode est injustement réduite aux collections de créateurs, il n’en reste pas moins que la mode est avant tout un objet usuel et fonctionnel vouée à disparaître. Curieuse idée alors que le métier que j’exerce que de vouloir conserver des belles endormies. 
L’essence même de la mode réside dans ces antagonismes et le rapport conflictuel qu’elle impose souvent à nos représentations – représentations mentales, représentations physiques.

L’idée est donc de parler de mode autrement. Non pas pour se distinguer à tout prix mais pour parler de ce que je connais et de ce pour quoi je brille dans ce domaine. La mode au risque de l’art.

Bien sûr et parce que je reste une fille intéressée par la mode, même si parfois je ne parviens pas à la suivre, et ne comprend plus rien aux tendances, des sujets plus légers seront proposés. 

Photo de gauche : mannequin d'une vitrine Kenzo. Photo de droite : détail d'un modèle Yves Saint Laurent. Photo du bas : vitrine H&M pour Matthew Williamson.  

Car aussi sérieuse que soit la mode, elle demeure un terrain de jeu qu’il convient d’explorer avec légèreté.


M comme Mode. M comme Mouvement. M comme Maintenant.


She(CD)

dimanche 25 janvier 2015

Love ect

Il était une fois She and We … 
Si le blog est un projet écrit à quatre mains, notre alliance franco-belge (ou belgo-française) est une histoire (d’amour) imaginée tout autant à quatre mains réunissant nos deux cœurs et nos deux cultures pour une aventure esthético-romantique. D’une demande maladroite à un OUI affirmé, nous avons souhaité une union à notre image pour nous y retrouver et ne pas sembler déguiser, mais plus encore pour faire partager à nos proches nos univers respectifs, complémentaires. 

Imparfait et spontané, nos deux beaux jours, ont permis de mettre en lumière ce qui nous anime dans une ambiance poétique, esthétique follement imprégnée de la fin des années vingt, dans une version modernisée du  mariage. Notre version. Nous n’avions pas prévu de nous prendre au jeu du mariage et de devenir en quelques mois des fins connaisseurs des blogs, des DIY (Do It Yourself) et autres conseils avisés ! La tentation est grande sans vouloir copier de s’inspirer de ces mariages et d’oublier le fil conducteur du sien : notre histoire. 
« Soyons d’accord de ne pas être en accord. » a rythmé des préparatifs ponctués de rires, de larmes (de joie), de cris (pas que de joie), de compromis, de découvertes, saupoudrés de l’essentiel : la complicité et notre amour.  

Dans ce climat frénétique, nous avons fait de belles rencontres mettant en avant nos deux pays, clin d’œil à cette alliance en devenir. Subtile et esthétique, le faire-part, est venu de Belgique du Studio de Soki - une Sofie gantoise 


Soki ontwerpstudio 


Délicat et vaporeux, le stylisme de ma robe de mariée, est le travail de la créatrice Sophie Sarfati - une autre Sophie, installée à Paris. 


Création Sophie Sarfati, robe Chloé


Intimistes et complices, les souvenirs sont les photographies d’An Lalemant, une belge vivant en France. Des créatrices, de l’authentique et de l’unique pour participer à nos deux beaux jours que nous souhaitions mettre en scène et remercier.


Reportage photographique, An Lalemant 



Nous n’avions pas prévu de parler de notre mariage pour le premier article, mais quelle meilleure illustration de nos quatre mains pour lancer ce projet She and We ?